Une chronique de Jean-Benoît Nadeau
Et si la pire menace au français, ce n’était pas l’anglais, mais nous-mêmes?
C’est en tout cas la réflexion que je me fais depuis que déboulent les nouvelles sur les cadres anglophones de la Caisse de dépôt, de la Banque Nationale ou encore la propension des étudiants français à profiter des accords France-Québec pour venir apprendre… l’anglais au Québec!
J’ai l’impression que tout le discours sur la défense du français mérite une sérieuse rénovation.
Des loups dans la bergerie
Comme je ne regarde pas la télé, j’ai appris entre les branches que Guy A. Lepage se demandait s’il ne mettrait pas son argent ailleurs qu’à la Banque Nationale.
Je l’encourage à le faire, mais je l’encourage aussi à examiner les pratiques d’autres multinationales québécoises – genre Desjardins, Bombardier, SNC-Lavalin, Couche-Tard. Ont-elles une politique en matière de langue au siège social et dans leurs filiales? Comment l’appliquent-elles? À mon avis, on aurait des surprises.
Pourtant, il est possible d’agir. Une multinationale comme le Cirque du Soleil a une politique très stricte de communication en français au siège social. Je vous cite également le cas de l’hôtel Château Laurier, à Québec, qui est allé jusqu’à se créer un label «Francoresponsable», pour faire en sorte que son offre mette de l’avant la langue française auprès de sa clientèle.
La Banque Nationale se justifie d’avoir embauché un vice-président unilingue anglophone en arguant qu’IBM a pour politique de ne traiter qu’en anglais. Grand bien leur fasse : mais rien n’interdit à la Banque Nationale de regarder ailleurs et d’avoir sa propre politique.
Il faut dire que le gouvernement du Québec ne donne pas le meilleur exemple. Vous rappelez-vous l’histoire de ces dépliants touristiques québécois destinés au marché ontarien et qui étaient uniquement en anglais? Et cette histoire de cadres unilingues anglophones à la Caisse de dépôt et placement du Québec n’est guère inspirante.
Une entreprise québécoise doit pouvoir communiquer à la clientèle dans sa langue – en anglais, en espagnol, en portugais, en créole. Après tout, la langue des affaires, c’est la langue du client. Mais cela ne signifie pas qu’il faille se renier et cacher le français. Lire la suite...