Accueil

Québec

23/02/2012

La grève de la honte

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

GreveEn réponse à tous vos courriels, je me fais l’écho de « Cocorico » : j’ai honte, effectivement.

Honte de suivre un cours d’arabe pour le même prix qu’en 1968.

Honte d’appartenir à une génération d’étudiants qui n’a rien fait pour régler le problème il y 25 ou 30 ans. Personnellement, quand j’étais étudiant en 1987-1990, j’étais contre le gel. Les progels ont gagné. Et voici la grande débâcle du dégel. À qui la faute? Pas besoin de chercher midi à quatorze heures : ce sont vos parents, qui ont mon âge, qui vous ont foutu dans ce merdier.

Honte aussi d’appartenir à une société où les étudiants ont une culture idiote de la grève. Je ne suis pas révolté contre le « mouvement étudiant ». Il faut des mouvements, il faut que ça milite. Mais je le redis : ce n’est pas une grève, c’est un boycott, c’est indigne et c’est férocement suicidaire.

Lire la suite...

22/02/2012

Je suis en grève étudiante

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogJe suis en grève, figurez-vous
Mardi dernier, j’ai suivi mon dernier cours d’arabe. De justesse : ma faculté était la dernière à voter pour la grève générale illimitée.
C’est ma première grève étudiante et j’ai beaucoup de mal avec la notion même de «grève étudiante».

Une grève du dictionnaire
Mon premier problème est dans le dictionnaire.
Au mot grève, je lis : «Terrain plat formé de sable ou de gravier situé au bord de la mer ou d’un cours d’eau…»
Excusez-moi : mauvaise grève!
Pas vraiment : les meneurs ont fait voter la grève une semaine avant la soi-disant « semaine de lecture». Ce sera finalement des lectures sur la grève.
Un peu de sérieux : pour l’autre grève, Le Robert nous dit :
«Cessation volontaire et collective du travail, décidée par les salariés ou un groupe professionnel dans un but de revendication et entrainant la suppression de rémunération pendant cette période.»
C’est clair : ce n’est pas parce qu’il y a revendication, vote et débrayage qu’il y a grève. Pour avoir grève, il faut être employé.
Une «grève étudiante», ça ne se peut pas. Une grève, c’est quelqu’un qui est exploité et sous-payé par son patron.
Un étudiant ne fait pas la grève, c’est un client, pas un employé. Il n’a pas de paie : il paie pour acheter un savoir. Donc, quand il arrête, c’est un boycott, jamais une grève.
Oui, mais pourquoi les journalistes disent tous «grève étudiante»? C’est simple : ils n’ont pas lu le dictionnaire à la fac de journalisme de l’UQAM… Lire la suite...

25/01/2012

L'agonie du PQ

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogPauvre Parti Québécois. Comme le dirait si bien Hélène Carrère d'Encausse, ça va mal à «shop»!
Voici qu'après huit mois d'atermoiements, Pauline Marois a enfin rugi pour faire taire la dissidence et écraser Gilles Duceppe pour la seconde fois en cinq ans.
Disons qu'elle a stoppé momentanément la chute, mais je me demande franchement si le PQ n'est pas en train de couler comme le Costa Concordia.

Otage
Le premier problème du PQ est l'électorat, qui montre depuis 2007 des signes évidents d'écoeurantite aiguë.
Bien sûr, il ne s'agit pas de l'ensemble de l'électorat, mais du «centre» -- c'est-à-dire des 15-20 % de l'électorat susceptible de changer d'idée et dont le vote est chaudement disputé par tous les partis politiques.
Après 45 ans de psychodrame sur fond d'indépendance nationale - dont un épisode de guérilla urbaine et deux référendums perdus -, «le centre» commence à se demander si on ne peut pas passer à autre chose pour dix ans.
Genre : un bon vieux clivage gauche-droite pour changer.

Clairement, la raison d'être du PQ - l'indépendance - n'occupe plus le centre du discours politique au Québec. Il lui reste ses partisans, qui se demandent ce qui se passe et s'entredéchirent pour savoir qui a raison.
Ça me fait penser au bateau de croisière italien : sont-ils en train de se positionner pour quitter le navire sans en avoir l'air? Ou chacun cherche-t-il à devenir capitaine à la place du capitaine? Lire la suite...

29/11/2011

La prime au français

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

Jbn-blogEt si la pire menace au français, ce n’était pas l’anglais, mais nous-mêmes?

C’est en tout cas la réflexion que je me fais depuis que déboulent les nouvelles sur les cadres anglophones de la Caisse de dépôt, de la Banque Nationale ou encore la propension des étudiants français à profiter des accords France-Québec pour venir apprendre… l’anglais au Québec!

J’ai l’impression que tout le discours sur la défense du français mérite une sérieuse rénovation.

 Des loups dans la bergerie

Comme je ne regarde pas la télé, j’ai appris entre les branches que Guy A. Lepage se demandait s’il ne mettrait pas son argent ailleurs qu’à la Banque Nationale.

Je l’encourage à le faire, mais je l’encourage aussi à examiner les pratiques d’autres multinationales québécoises – genre Desjardins, Bombardier, SNC-Lavalin, Couche-Tard. Ont-elles une politique en matière de langue au siège social et dans leurs filiales? Comment l’appliquent-elles? À mon avis, on aurait des surprises.

Pourtant, il est possible d’agir. Une multinationale comme le Cirque du Soleil a une politique très stricte de communication en français au siège social. Je vous cite également le cas de l’hôtel Château Laurier, à Québec, qui est allé jusqu’à se créer un label «Francoresponsable», pour faire en sorte que son offre mette de l’avant la langue française auprès de sa clientèle.

La Banque Nationale se justifie d’avoir embauché un vice-président unilingue anglophone en arguant qu’IBM a pour politique de ne traiter qu’en anglais. Grand bien leur fasse : mais rien n’interdit à la Banque Nationale de regarder ailleurs et d’avoir sa propre politique.

Il faut dire que le gouvernement du Québec ne donne pas le meilleur exemple. Vous rappelez-vous l’histoire de ces dépliants touristiques québécois destinés au marché ontarien et qui étaient uniquement en anglais? Et cette histoire de cadres unilingues anglophones à la Caisse de dépôt et placement du Québec n’est guère inspirante.

Une entreprise québécoise doit pouvoir communiquer à la clientèle dans sa langue – en anglais, en espagnol, en portugais, en créole. Après tout, la langue des affaires, c’est la langue du client. Mais cela ne signifie pas qu’il faille se renier et cacher le français. Lire la suite...

22/11/2011

Le Québec analphabète

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogSi vous tirez un boulet de canon rue Mont-Royal, vous avez une chance sur deux de frapper un analphabète québécois.

Je me suis beaucoup réjoui de voir la couverture de la revue Voir qui annonçait en gros caractères: 49 % des Québécois ne pourront pas lire ce journal.

Depuis cinq ans que j’écris tout seul là-dessus, j’ai l’impression d’être moins seul.

Surtout que Marie-France Bazzo a pris fait et cause pour ce problème qui est, selon moi, le plus fondamental parmi les enjeux québécois.

Des statistiques effarantes

Soyons clairs sur un point : rares sont ceux qui sont totalement incapables de lire.

Les 49 % d’analphabètes québécois appartiennent à deux groupes. Il y a d’abord 16 % d’analphabètes dits de niveau 1. Cela signifie qu’ils sont incapables de reconnaître un mot de la question dans le texte à lire. L’ancienne version de Jacques Demers, quoi.

Il y a aussi 33 % d’analphabètes de niveau 2. Ceux-là ne se rappellent plus ce qu’ils lisent après quelques lignes. La plupart des analphabètes de niveau 2 sont capables de lire dans les limites de leur tâche, au travail. Mais pas plus.

(Le site web de la Fondation pour l’alphabétisation contient toutes les définitions et toutes les statistiques).

Mettons que vous tirez au hasard un boulet de canon rue Mont-Royal : vous avez une chance sur deux de frapper un analphabète québécois. La probabilité sera la même rue Wellington à Sherbrooke ou rue Saint-Jean à Québec.

LIRE LA SUITE >>>>>

16/11/2011

Back to the future

Une chronique d'Émilie Dubreuil

Little-C’était il y a longtemps, longtemps ma p’tite.

Même si je suis une très grande fille, grand-maman Gertrude aime bien me rappeler que pour elle, je suis toute petite et, surtout, elle aime bien ressasser des souvenirs du passé. Une de ses anecdotes préférées, c’est la fois où elle avait exigé d’être servie en français chez Ogilvy. Un évènement marquant dans la vie d’une frog….

-Ça doit bien faire 35 ans. Une fois toutes les deux semaines, ma sœur Claire et moi, on allait au centre-ville. Chez Morgan et chez Eaton.  Quand j’avais le temps, nous poussions dans l’ouest jusque chez Oglivy.  Une fois, j’étais dans le département des chemisiers, tu sais comme j’aime les beaux chemisiers et  je demande de l’aide à la jeune femme du magasin en français. J’aborde toujours les gens en français. Quand je vois qu’ils sont de bonne foi, mais qu’ils peinent à me répondre, je passe à l’anglais. Cette fois-là, la dame n’était pas de bonne foi et elle a refusé de me servir en français. J’ai fait venir la gérante et je lui ai dit que je ne remettrai jamais les pieds dans ce commerce. Cela n’a pas dû avoir une grosse influence sur leur chiffre d’affaires, mais j’ai l’impression que je n’ai pas été la seule, car quelques années après tout le personnel parlait français.

Grand-maman Gertrude est une femme délicate et diplomate qui déteste les esclandres. Il fallait donc qu’elle soit portée par un mouvement social pour qu’elle s’indigne, se révolte, exige le respect. R.E.S.P.E.C.T. Lire la suite...

12/10/2011

L'anglais intensif, enfin...

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogL’anglais à l’école, c’est bien. Toutes les langues, c’est mieux.

Dix petites minutes : c’est tout le temps que nous avions pour débattre – à six – de la place de l’anglais dans nos écoles, entre autres avec Gérald Larose et la ministre de la Culture Christine Saint-Pierre.

Cela se passait à Bazzo.Tv hier – pour rediffusion demain soir.

J’en suis ressorti tout chose. Oh! Ne vous en faites pas : j’ai réussi à me prononcer sur deux ou trois points. Mais je vous en parle parce qu’il y a tant à dire sur le sujet – et tant de choses qu’on aimerait ne plus entendre… Lire la suite

15/09/2011

Francisation: les vrais obstacles

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

Jbn-blog Pour en finir avec les gentils et les «pas-pire»

J’ai promis mardi de vous revenir sur les vrais obstacles à la francisation. Je vous ai aussi promis de vous brasser. Alors, attachez votre tuque avec de la broche.

Il y a 23 ans, quand j’ai commencé à fréquenter Julie ma Julie, elle ne parlait pas un mot de français ou si peu. Le bon vieil Ontario orangiste jaune orange foncé.

À un moment, je lui ai écrit pour lui demander de faire l’effort d’apprendre le français. Je lui ai dit, en substance : je ne parlerai pas en anglais à mon père parce qu’elle ne comprend pas.

Sur le coup, elle n’était pas contente, mais je l’ai mis devant le choix et elle a pris le bon bord. Lire la suite

14/09/2011

Qu'est-ce que ce nous? Sortez vos ceintures fléchées

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

Zip-chronique Toute la polémique sur le prétendu recul du français à Montréal, suite aux dernières études de l'OQLF, est basée sur une notion très fausse de ce qu'est un francophone.
Un francophone, ce n'est pas un Canadien français ou un francophone qui «parle le français à la maison».
Un francophone, c'est quelqu'un «qui parle français». Point à la ligne. LISEZ le dictionnaire.

Les francophones qui ont le français pour langue maternelle (ou qui parlent cette langue à la maison) ne sont qu'une variété de francophones assez rare - à l'échelle mondiale, ils représentent seulement le tiers de 220 millions de francophones de la planète. Tous les autres ont appris le français à l'école et parlent anglais, wolof, arabe, berbère à leur mère à l'heure de la soupe.
Il n'y a qu'au Québec que l'on tolère une définition aussi restrictive du terme francophone, limitée aux Canadiens français ou à «ceux qui parlent français à la maison».
Pourquoi pas la ceinture fléchée ou la tourtière au ketchup, tant qu'à faire? C'est une honte. Lire la suite

30/08/2011

Legault dans le rétroviseur

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

Legaultblog Peut-on penser l’avenir en ne regardant que dans le rétroviseur?

À vous voir vous énerver avec François Legault et les intentions de vote qu’il obtient alors qu’il n’a pas de parti et qu’il n’est officiellement candidat de rien, je me serais attendu au Messie.

Aussi ai-je porté une attention spéciale à sa dernière sortie sur la langue et la culture, sujet que je connais très bien, et j’ai été étonné par l’indigence de ses idées en la matière.  

Quoi, c’est à lui que vous trouvez de la vision? Son propos se résume à une idée – le recul du français au Québec – cette vieille carne éculée à force d’être galvaudée.

Quand il est question de langue et de culture, une personne qui a de la vision aurait dit : le Québec représente le tiers des 25 millions de francophones dans les Amériques. Faisons donc notre possible pour leur parler, pour les recruter dans nos universités et nos conseils d’administration, pour les amener à vivre chez nous, pour leur vendre nos livres, nos films, nos chansons. Cessons de concevoir notre avenir linguistique sur la seule base de la défense du français.

Par ailleurs, un visionnaire aurait aussi dit : sortons du piège de l’ethnie. Un francophone, ce n’est pas un Canadien français de souche, mais tout simplement quelqu’un qui parle le français. L’avenir de la langue français se jouera en marge de l’ethnie. Lire la suite

publicité

Derniers Commentaires

Notre Équipe

Jean-Benoît NadeauJean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau a publié cinq livres, 700 articles, et remporté 50 prix de journalisme. Il figure parmi les rares journalistes canadiens à publier en français (L’actualité, Québec Science, MSN,ca ou GEO) et en anglais (New York Times, Toronto Star, Christian Science Monitor). Ses livres sont également parus en anglais, en néerlandais, en mandarin, en japonais et en thaï. En plus d’une cinquantaine de séminaires sur le journalisme et l’écriture, il a prononcé 75 conférences sur la langue française et les Français aux États-Unis, au Canada, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Corée du Sud et au Japon. Basé à Montréal et père de deux jumelles adoptives, il a également vécu à Paris, Toronto et Phoenix.