Un billet de Jean-Benoît Nadeau
Chaque fois que je regarde un sondage ou des articles du genre Les 100 personnes les plus influentes du Time, je me dis : encore un éditeur qui a peur du vide.
Les médias ont de grandes qualités, mais ils ont deux défauts inhérents : la peur du vide et la peur de ne servir à rien.
Je suis moi-même un grand lecteur de journaux et de magazines, mais les trois quarts des nouvelles ne méritent absolument pas d’y être.
Les médias, comme les trains, fonctionnent avec des horaires fixes et comme barons du rail n’aiment pas les wagons vides, les magnats de la presse aiment leurs pages pleines. Il faut occuper le personnel, remplir des pages, combler des cases horaires, quitte à y mettre n’importe quoi.
L’autre défaut, apparenté au premier, c’est la quête de sens. Il faut trouver du sens, alors que les trois quarts de ce qui est écrit n’a aucun sens.
Et c’est pire pour la télé. Parce que la télé est limitée par la nécessité de remplir avec des images. Le visuel limite son choix. Donc elle est encore plus vide. Et donc, elle travaille encore plus fort à trouver du sens là où il n’y en a pas, pour justifier ses choix et masquer sa vacuité fondamentale.
Bref, à peine le quart de ce qu’on lit mérite d’être une nouvelle et le quart de ce qu’on lit a vraiment un sens. Quand on met les deux ensemble, c’est à peine le 16e du contenu d’un journal ou d’un bulletin qui est à la fois une nouvelle et utile.
En écrivant cela, je suis tout à fait conscient de prêter le flanc à l’accusation de nihilisme. Après tout, si le défaut que je relève est général, cela veut dire que les trois quarts de ce que j’écris est vide et sans intérêt – dont peut-être ce billet...
Mais voici le paradoxe qui nous sort du nihilisme : si on essayait d’extirper des médias leur vide effrayant pour n’en garder que la substance, on finirait par les tuer, très rapidement, parce que la société évolue tellement que ce qui n’avait pas de sens hier en prendra un demain à cause de faits nouveaux aujourd’hui qu’on ne soupçonne pas.
C’est pour ça qu’on est accro aux nouvelles.