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30/08/2011

Legault dans le rétroviseur

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

Legaultblog Peut-on penser l’avenir en ne regardant que dans le rétroviseur?

À vous voir vous énerver avec François Legault et les intentions de vote qu’il obtient alors qu’il n’a pas de parti et qu’il n’est officiellement candidat de rien, je me serais attendu au Messie.

Aussi ai-je porté une attention spéciale à sa dernière sortie sur la langue et la culture, sujet que je connais très bien, et j’ai été étonné par l’indigence de ses idées en la matière.  

Quoi, c’est à lui que vous trouvez de la vision? Son propos se résume à une idée – le recul du français au Québec – cette vieille carne éculée à force d’être galvaudée.

Quand il est question de langue et de culture, une personne qui a de la vision aurait dit : le Québec représente le tiers des 25 millions de francophones dans les Amériques. Faisons donc notre possible pour leur parler, pour les recruter dans nos universités et nos conseils d’administration, pour les amener à vivre chez nous, pour leur vendre nos livres, nos films, nos chansons. Cessons de concevoir notre avenir linguistique sur la seule base de la défense du français.

Par ailleurs, un visionnaire aurait aussi dit : sortons du piège de l’ethnie. Un francophone, ce n’est pas un Canadien français de souche, mais tout simplement quelqu’un qui parle le français. L’avenir de la langue français se jouera en marge de l’ethnie. Lire la suite

21/06/2011

Un pont trop loin

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

Blog La Rive-Sud est sans dessus dessous depuis la fermeture partielle des ponts Mercier et Champlain pour cause de réparation urgente et d’entretien plus ou moins planifié.

Mais vous ne m’enlèverez pas de la tête que les victimes n’ont qu’elles-mêmes à blâmer.

On peut certes faire des reproches aux élus, aux constructeurs, à Québec, à Ottawa, à Montréal, aux fonctionnaires, aux ingénieurs, aux urbanistes, aux Iroquois (ceux-là, on les blâme même quand ce n’est pas leur faute).

Mais il n’en reste pas moins que la faute fondamentale relève des choix individuels d’un million de fétichistes de la tondeuse à gazon, tandis que six ou sept autres millions de tatas les regardaient faire tels des caribous se jetant dans la Caniapiscau en crue. Lire la suite

 

17/05/2011

Le monarque élu

Un billet de Jean-Benoît Nadeau

La déchéance de Dominique Strauss-Kahn est un rebondissement spectaculaire dans la course présidentielle française. Ce théâtre permanent, qui met en scène toute la classe politique française, a pour objet principal et continuel de «se positionner».

Celui qui remporte la mise rafle le gros lot.

Un président français est de facto un monarque élu, qui dirige le gouvernement tout en étant chef de l’État, et qui a en plus le dernier mot en matière de justice.

En comparaison, un président américain n’est qu’un vulgaire administrateur. Le «coq en chef» de la France est le personnage politique le plus puissant de tous les pays de l’OCDE.

Un président de la République française dirige le gouvernement. Il a droit de regard sur la chambre (il peut forcer une élection). Il est aussi l’arbitre absolu du droit, ce qui fait de lui une incarnation de la Cour Suprême. Inamovible, et exempt de toute poursuite, il est élu pour cinq ans. Depuis 2008, ce mandat n’est renouvelable qu’une seule fois. Toutefois, le pouvoir du président est presque absolu à l’intérieur de son mandat.

Ce monarque élu dirige un pays puissant. Il faut avoir vécu à Paris pour se rendre compte à quel point il s’agit d’une capitale internationale.

La France est une puissance militaire de premier plan, elle a fondé l’Union Européenne, elle est aussi à la tête de divers réseaux d’influence internationaux – à commencer par la Francophonie.

C’est aussi un pays qui n’a pas beaucoup d’état d’âme à faire jouer ses intérêts sans autre considération.

Même si elle ne voulait pas de sa puissance, la France n’en est pas moins au cœur d’une géopolitique complexe.

Elle est voisine de sept pays européens dont quatre figurent parmi les plus gros. Sa présence outremer fait d’elle une voisine du Canada, des États-Unis, d’Haïti, du Brésil, de l’Australie, de Madagascar. Par la seule Polynésie, la France contrôle une section du Pacifique presque aussi grande que les États-Unis. C’est colossal.

Président de la République française : belle job, belle machine.

Lire aussi la chronique L'affaire DSK: exit Strauss-Kahn

03/05/2011

Marois doit maintenant craindre Legault

Un billet de David Patry-Cloutier, journaliste à Rue Frontenac

Marois-billet Finalement, la vague orange s'est transformée en tsunami au Québec.

Avec 58 députés élus, le NPD a pratiquement tout raflé, laissant le Bloc avec quatre petits représentants à la Chambre des communes. Du jamais vu.

En mettant à la porte le Bloc, les Québécois ont servi tout un avertissement à... Pauline Marois. Ce n'est pas parce que les sondages te mettent premier avant le début de l'élection que la population ne t'abandonnera pas en cours de route.

Celui qui doit regarder les résultats de lundi avec un large sourire, c'est François Legault. L'électorat québécois a la bougeotte. Il veut du neuf. À tout prix.

Le NPD a gagné avec une équipe inexpérimentée, une machine électorale pratiquement absente dans plusieurs circonscriptions. Comment? Simplement en présentant quelque chose de nouveau. Avec un discours rafraîchissant.

Avec un chef aimé de la population. Et en incarnant le changement, bien entendu.

Bien sûr, François Legault est à droite. Mais on peut penser que le tsunami orange n'avait pas — ou peu — à voir avec la droite ou la gauche.

Pour le reste, il serait capable, lui aussi, de réunir « les conditions gagnantes » du NPD, mais à l'échelle provinciale. Quitte à revenir vers le centre.

Déjà, en réaction à la déconfiture du Bloc, des souverainistes affirment que dans le fond, un gouvernement majoritaire conservateur va dévoiler au grand jour les profondes différences entre le Québec et le Canada. De bon augure pour la souveraineté, disent-ils.

Encore faut-il que le Parti québécois prenne le pouvoir à Québec. À voir le résultat des élections fédérales aujourd'hui, rien n'est moins sûr.

S'il branlait toujours dans le manche, à la lumière de ce qu'il a vu lundi, François Legault doit être gonflé à bloc (jeu de mots douteux, j'en conviens) et songer sérieusement à faire de sa Coalition pour l'avenir du Québec un parti politique.

Des sondages hypothétiques le plaçaient en première position s'il faisait le grand saut. Avertissement que les autres partis n'ont jamais pris au sérieux. En octobre, CROP disait que 39 % des Québécois voteraient pour une nouvelle formation politique dirigée par Legault. Lundi, le NPD a reçu 42,87 % des voix.

Il se passe quelque chose au Québec. Si j'étais Marois, je commencerais sérieusement à craindre Legault...

Les élections fédérales sur MSN.ca

02/05/2011

Effondrement libéral en Ontario

Un billet de David Patry-Cloutier, journaliste à Rue Frontenac

Ignatieff-010511-pc-paul-chiasson La chute du Bloc québécois dans les intentions de vote au Québec n'a d'égal que la chute du Parti libéral du Canada en Ontario.

Depuis quelques jours, je me trouve en Ontario pour le crunch final des élections fédérales. Il règne ici une ambiance qui ressemble drôlement à celle qui prévaut au Québec.

Le parti de Michael Ignatieff est en déroute. La seule différence avec celui de Gilles Duceppe repose peut-être dans le fait que son effondrement dans les intentions de vote ne s'est pas fait en deux semaines, mais se trame depuis quelques élections déjà.

Depuis des lustres, l'Ontario est l'affaire des libéraux, qui, un peu à l'image du Bloc québécois chez nous, récoltent la majorité des sièges scrutin après scrutin. Mais depuis 2004, le PLC y éprouve de sérieuses difficultés. Il est passé de 75 sièges en 2004, à 54 en 2006, puis 38 en 2008.

Combien en récoltera-t-il à l'issue du dépouillement des urnes ce soir?

Difficile à dire. Mais si les scénarios des sondeurs se concrétisent, assurément moins.

Après avoir fragilisé les libéraux aux dernières élections dans la province de l'automobile, Layton et Harper prennent maintenant d'assaut le cœur de la forteresse libérale : la grande région de Toronto. Le NPD espère faire des gains dans les circonscriptions urbaines, plus progressistes, et le Parti conservateur a des visées sur la banlieue.

En fait, le parti des rouges est sur le point de passer troisième dans les intentions de vote en Ontario, derrière les conservateurs et les néo-démocrates. Notre système politique uninominal à un tour est cruel pour les tiers partis, qui malgré un bon pourcentage d'appuis, ne récoltent généralement que très peu de sièges.

Le danger est grand. Lundi, les troupes de Michael Ignatieff risquent la marginalisation en Ontario. Du jamais vu. Dimanche, le chef a exhorté ses militants à ne pas croire les « maudits sondeurs », les encourageant à faire sortir le vote libéral lundi.

Mais un stratège du NPD me confiait récemment que son parti croyait pouvoir faire une percée dans Davenport, une circonscription libérale du centre-ville de Toronto peinte en rouge depuis 1962. Autant dire depuis toujours. Si sa prédiction se réalise, ce sera un signal fort d'un vent de changement dans la métropole canadienne.

Un changement probablement aussi fort et significatif que la chute du Bloc au Québec.

Les élections fédérales sur MSN.ca

21/04/2011

Mal de Bloc

Un billet de Jean-Benoît Nadeau

Bloc-photo,jpgrrrr Surprise! Le NPD serait en train de doubler le Bloc dans les intentions de vote.

Ce sondage Crop La Presse n’est pas vraiment un sondage, mais il se base sur un panel web de 1000 personnes. C’est tendancieux en soi, d’où le fait que CROP ne se donne même pas la peine de donner une marge d’erreur.

Mais d’autres sondages indiquent une tendance NPD similaire à la grandeur du pays. Depuis lundi, tous les partis concentrent leurs attaques sur Layton, ce qui est l’indication la plus sûre qu’il se passe « quelque chose ».

Est-ce l’effet Bon Jack? Est-ce l’effet Mulcair?

Il y a d’abord à mon avis que les Libéraux ne sont pas sortis des limbes et que personne ne veut voter con(servateur). Le NPD, qui est beaucoup moins centralisateur qu’autrefois, est une alternative valable, surtout que ses valeurs sont proches du Bloc.

Il y a sans doute aussi que les électeurs québécois commencent à voir les limites de voter en bloc pour le Bloc puisque cela les exclut de fait du parti au pouvoir.

Bon, Layton n’a pas grand’chance de devenir PM le 2 mai au soir à moins d’un revirement spectaculaire de l’Ontario. Mais son parti a une vocation pancanadienne et si ce n’est pas cette fois, ce pourrait être la prochaine, surtout si le Québec vire orange.

 Si ce revirement se matérialisait dans le vote du 2 mai, cela marquerait un changement important depuis 18 ans puisqu’il indique que les Québécois ont l’intention de peser dans les affaires du gouvernement à Ottawa autrement qu’en «éternelle opposition».

Il est beaucoup trop tôt pour parler de mort ou d’agonie du Bloc, mais rappelons tout de même que son fondateur, Lucien Bouchard, avait bien dit qu’une telle posture serait intenable à long terme.

Il se pourrait que les électeurs aient compris.

Tout sur la campagne électorale

L'électrochoc politique

Un billet de David Patry-Cloutier, journaliste à Rue Frontenac

Layon-jac200411-pc-jacques-boissinot La nouvelle a eu l'effet d'une bombe dans l'arène politique québécoise : le NPD dépasse désormais le Bloc québécois dans les intentions de vote.

Si C'est gros. Très gros. Qui d'entre nous pouvait prédire pareil virage?

Si vous me lisez depuis le début de la campagne, vous savez que je porte un regard particulièrement critique sur les méthodologies des sondages, leur marge d'erreur, etc. Ceux de CROP et d'Ekos, qui donnent le NPD en avance, soulèvent de nombreuses questions à ce sujet. Mais qu'à cela ne tienne, il s'agit tout de même de la nouvelle la plus importante à survenir depuis le début de cette campagne électorale.

Pourquoi? Parce que depuis le scandale des commandites, qui a fait fléchir le Parti libéral, rien ne semble atteindre le Bloc québécois, grand favori. Et pour la première fois, les troupes de Gilles Duceppe se font sérieusement chauffer les fesses.

Son message, voulant que le NPD soit centralisateur, que le parti de Jack Layton appuie le financement des projets hydroélectriques de Terre-Neuve et qu'il aille ainsi à l'encontre des intérêts du Québec, ne passe pas. Pas plus que les appels au vote stratégique, demandant aux électeurs de ne pas voter NPD pour ne pas diviser le vote progressiste. Non. Les électeurs semblent vouloir du changement. Coûte que coûte.

Gilles Duceppe? Les électeurs l'ont déjà essayé. Jack Layton a l'air sympathique et propose de changer les manières de faire à Ottawa. « Pourquoi pas lui », semblent se dire plusieurs d’entre eux.

La dernière fois qu'on a vu une telle montée dans les sondages, c’est en 2007. L'ADQ de Mario Dumont a fait élire 41 députés et a formé l'Opposition officielle à l'Assemblée nationale du Québec. Contre toute attente.

Assisterons-nous à ce scénario sur la scène fédérale? De tels sondages pourraient avoir un effet d'entraînement sur l'électorat. Pas seulement au Québec, mais aussi dans le reste du Canada. Reste à voir si la montée du NPD se confirmera dans les prochains jours, et, comme le disent souvent les politiciens, lors du seul VRAI sondage, le 2 mai prochain.

Parce que si les électeurs veulent du changement, c'est qu'ils sont blasés. Et un électeur blasé, ça ne se déplace pas nécessairement pour aller inscrire sa dissidence. Ça peut aussi rester assis bien au chaud dans son salon. Le NPD n'a pas la machine électorale pour faire « sortir le vote » en appelant chacun des électeurs pour lui rappeler d'aller faire son devoir de citoyen, comme le font les autres partis. Ça peut avoir un impact.

Chose certaine, ces sondages agiront comme un électrochoc politique. Gilles Duceppe et Michael Ignatieff, qui ont le plus à perdre dans l'aventure, se démèneront comme des diables dans l'eau bénite pour renverser la vapeur.

Tout sur la campagne électorale  

31/03/2011

Une mince ligne

Un billet de David Patry-Cloutier, journaliste à Rue frontenac

Harper-mtl-300311-pc-adrian-wyld Depuis le début de la campagne électorale, Stephen Harper est le mouton noir des politiciens. Alors que le NPD, le Bloc Québécois et le Parti libéral mènent une campagne « ouverte » en répondant aux questions qui leur sont posées et en rencontrant des citoyens, le Parti conservateur fonctionne en vase clos.

Nous avons pu constater lors du passage de Stephen Harper à Montréal mercredi que les ralliements conservateurs se tiennent sur invitation.
Pour qu'un citoyen y soit admis, son nom doit apparaître sur une liste. Des agents fouillent même les sacs.

Il faut dire que les conservateurs ont beaucoup à perdre dans cette élection. Les sondages les placent tout près d'une majorité. Ils doivent éviter les gaffes à tout prix.

Depuis le début de la campagne, Stephen Harper n'accorde que cinq questions par jour à des journalistes. Cinq petites questions pour faire le tour des sujets du jour dans tout le pays. C'est très peu. Si bien que lors de son passage éclair au Québec, le chef conservateur n'a répondu à aucune question. Il les avait déjà écoulées en matinée alors qu'il se trouvait en Ontario.

Pire, l'équipe de relations de presse des conservateurs a coupé une question, mercredi. Impossible, dans ce contexte, d'aborder des sujets locaux ou gênants pour le parti. Si bien que les journalistes se sont opposés lors du passage de Stephen Harper à Halifax, jeudi. Ils ont demandé des explications au chef et ils ont finalement obtenu gain de cause.

Entre un contrôle juste et nécessaire de l'information par un parti politique et un contrôle qui relève pratiquement de la censure, la ligne est mince.

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28/03/2011

Harper: bien pris qui croyait prendre

Un billet de David Patry-Cloutier, journaliste à Rue Frontenac

Duceppe-coalition Fascinant de voir à quel point Stephen Harper a réussi à imposer son agenda politique à ce début de campagne électorale. Depuis 48 heures, on ne parle que de la possibilité d'une coalition entre le NPD et les libéraux (et appuyée par les méchants séparatistes du Bloc).

Stephen Harper pense y avoir trouvé l'argument massue capable de convaincre l'électorat de lui donner la majorité qu'il cherche depuis 2006. Et il aurait bien pu en faire le sujet central de toute sa campagne électorale si ce n'avait été de la riposte cinglante de Gilles Duceppe. Il a brandi une lettre signée en 2004 mentionnant les intentions des partis de l'opposition (et signée par Stephen Harper!) de diriger le pays en collaboration si le gouvernement de Paul Martin en venait à tomber.

Regardons les choses de plus près. Le jour même du déclenchement de la campagne, les libéraux ont diffusé un communiqué pour annoncer qu'ils rejettent toute forme de coalition. Ils laisseront le parti ayant remporté le plus de sièges mener le gouvernement. Objectif : tuer dans l'oeuf l'attaque des conservateurs et passer le plus rapidement possible à un autre sujet.

 À Montréal, dimanche, Michael Ignatieff n'a pas dit un mot à ce sujet lors de ses discours alors qu'il s'agissait, pour une deuxième journée consécutive, du "lead" du jour.

Les libéraux et le NPD n'ont aucun avantage à parler de coalition.
Pourquoi? L'idée d'une coalition déplaît à une majorité d'électeurs au Canada anglais.

Mais c'est totalement l'inverse pour Gilles Duceppe. Un sondage diffusé par TVA montre que 52% des Québécois se disent favorables à un gouvernement de coalition. La raison est bien simple : si le NPD et le PLC s'allient pour gouverner, ils auront besoin de l'appui du Bloc. La balance du pouvoir appartiendra aux troupes de Gilles Duceppe.

Chaque budget, chaque loi, devront répondre aux impératifs du Bloc :
«Est-ce bon pour le Québec? » En clair, c'est de donner pratiquement le droit de véto aux Québécois sur la gouvernance du pays. Gilles Duceppe sait fort bien qu'il a tout à gagner à parler d'une coalition. En plus de souligner à gros trait les contradictions de M. Harper avec ses intentions de 2004, il vient légitimer la présence de sa formation politique à Ottawa.

En faisant de la coalition son cheval de bataille, Stephen Harper a négligé cet aspect. Aujourd'hui, au Québec du moins, se trouve bien pris qui croyait prendre.

 

26/03/2011

Fatigués de voter? Ça aurait pu être pire!

Un billet de David Patry-Cloutier, journaliste à Rue Frontenac

Harper-stephen-26032011crop Ça y est! La campagne électorale fédérale est officiellement lancée. Le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, l'a confirmé samedi matin après une rencontre avec le gouverneur général. Il lui a demandé de dissoudre le gouvernement après avoir été défait en Chambre. 

Nous en serons à notre quatrième élection en sept années. Du bonbon pour moi et tous les autres fans de politique. Un cauchemar pour les autres.

Vingt-neuf. Retenez ce chiffre. C'est le nombre de mois durant lesquels le gouvernement conservateur a été maintenu au pouvoir par l'opposition. Pour un gouvernement minoritaire, il s'agit du deuxième plus long règne de l'histoire du Canada. Le record à ce  chapitre appartient à... Stephen Harper, qui a gardé sa barque à flot pendant 31 longs mois entre 2006 et 2008, malgré le fait que l'opposition détenait une majorité des sièges en Chambre.

Il faut dire que les conservateurs ont profité d'un coup de main. Depuis le scandale des commandites, les libéraux peinent à reprendre leur rythme.

Ajoutez à cela une crise de leadership qui sévit depuis l'élection surprise de Stéphane Dion, des sondages peu favorables et vous obtenez une opposition officielle pas très pressée de déclencher des élections.

Mais considérer ces seuls facteurs pour expliquer la longévité des gouvernements minoritaires de Stephen Harper serait réducteur. Il faut rendre à César ce qui revient à César. Les troupes conservatrices ont fait preuve d'un grand flair politique et de belles habiletés à manoeuvrer en eaux troubles dans les dernières années. Ils sont allés chercher tantôt l'appui du Bloc, tantôt du NPD ou des libéraux pour se maintenir au pouvoir. Du même coup, nos partis politiques apprennent à vivre avec les aléas d'un gouvernement minoritaire.

Le début de la campagne illustre fort bien la ruse des conservateurs et leurs aptitudes à contrôler l'agenda politique. L'opposition a défait le gouvernement sur une question d'outrage au parlement, ce qui aurait dû alimenter en nouvelles les premiers jours de campagne. Or, de quoi parle-t-on? Du spectre d'une coalition des partis d'opposition... Les conservateurs ont réussi dès le départ à mettre leurs adversaires sur la défensive, et du même coup à balayer du revers de la main de gênantes accusations à leur endroit. Ne dit-on pas que la meilleure défense, c'est l'attaque?

Il est assez exceptionnel de voir un gouvernement minoritaire capable de se maintenir aussi longtemps en place. Parlez-en à Joe Clark, qui a réussi à garder le pouvoir à peine six mois en 1979-1980. Stephen Harper a tenu le coup beaucoup plus longtemps et il l'a fait deux fois de suite. Ce n'est pas un hasard.

Vous êtes fatigués d'aller voter? Dites-vous que ça aurait pu être pire.

On aurait pu retourner aux urnes il y a longtemps déjà.

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Notre Équipe

Jean-Benoît NadeauJean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau a publié cinq livres, 700 articles, et remporté 50 prix de journalisme. Il figure parmi les rares journalistes canadiens à publier en français (L’actualité, Québec Science, MSN,ca ou GEO) et en anglais (New York Times, Toronto Star, Christian Science Monitor). Ses livres sont également parus en anglais, en néerlandais, en mandarin, en japonais et en thaï. En plus d’une cinquantaine de séminaires sur le journalisme et l’écriture, il a prononcé 75 conférences sur la langue française et les Français aux États-Unis, au Canada, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Corée du Sud et au Japon. Basé à Montréal et père de deux jumelles adoptives, il a également vécu à Paris, Toronto et Phoenix.