« Dis-moi ce que tu as, je te dirai si tu es... | Accueil | Une grève de la faim »

03/01/2013

Le choix des mots

Un billet de Jean-Philippe Cipriani

Vous avez aimé votre temps des Fêtes? Vous n’êtes pas tombé dans un « précipice fiscal » ou avez frappé un « mur budgétaire »? Allez, ne désespérez pas, l’année est encore jeune.

Il est frappant de constater cette surabondance d’expressions au marketing parfait et à la définition nébuleuse, comme l’étaient les « conditions gagnantes » de Lucien Bouchard.

Nous entrons dans le même flou et la même créativité scripturale que « l’angoisse fiscale » chère à Jean-Marc Fournier, la « guerre au terrorisme » de George W. Bush ou la « juste part » de Jean Charest.

Ce même trafic de mots qui permet de renier « taxe santé » pour adopter « contribution santé » lorsqu’on accède au pouvoir.

Dans le même ordre, Justin Trudeau veut éviter « la politique de la division » lors de chacune de ses interventions, ce qui revient dans les faits à empêcher le débat. Bienvenue dans la nouvelle démocratie marketing : marteler une expression pour éteindre la discussion.

Dans une société où les « problèmes » cèdent leur place aux « problématiques », où nous privilégions la « société du savoir », où chacun promet de « faire de la politique autrement », voilà peut-être une résolution à prendre pour 2013 : cesser de jouer le jeu des spécialistes en marketing.

D’ailleurs, nous attendons toujours de comprendre ce que Pauline Marois voulait dire dans son discours inaugural lorsqu’elle souhaitait « renforcer l’identité métropolitaine », projet certainement très rassembleur. Voire schtroumpfant.

N’ayez crainte, un comité se penche certainement sur l’affaire afin de proposer un Rapport, une Étude, voire une Politique, une Stratégie, un Plan d’action, un Énoncé, une Politique-cadre ou un Plan stratégique pour mettre en place un Programme.

Autrement, que faut-il attendre de cette nouvelle année?

À se fier aux prévisions à défaut de la substance, Justin Trudeau deviendra chef du Parti libéral du Canada en avril, et Denis Coderre remportera la mairie de Montréal en novembre.

De même, Philippe Couillard demeure grand favori pour remporter la chefferie du Parti libéral du Québec en mars, quoique Raymond Bachand soit encore privilégié par un certain establishment.

La commission Charbonneau reprend ses audiences en janvier, tandis que le mois suivant, le Sommet sur l’éducation doit se tenir... s’il reste encore des participants.

Mais des élections au Québec risquent fort peu de survenir cette année : le Parti québécois a accru son avance dans les sondages, tandis que le chef du PLQ voudra asseoir son autorité et se faire connaître. François Legault voudra-t-il demeurer à tête de la CAQ, lui qui n’a jamais aimé être dans l’opposition, encore moins la troisième?

Même Pauline Marois, à 63 ans, songe peut-être déjà à sa succession. Il reste que son gouvernement ne semble pas en voie de profiter de la situation pour faire passer des décisions plus controversées. Même le nouveau régime des redevances minières semble incertain.

Oui, « faire de la politique autrement », c’est avant tout un slogan.

Jean-Philippe Cipriani sur Twitter

Commentaires

Flux You can follow this conversation by subscribing to the comment feed for this post.

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce blog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

publicité

Derniers Commentaires

Notre Équipe

Jean-Philippe CiprianiJean-Philippe Cipriani

Jean-Philippe Cipriani est chroniqueur littéraire à la radio de Radio-Canada. Il a été journaliste à la télévision, à la radio et au web de Radio-Canada pendant plus de 10 ans, affecté notamment à l’économie, aux sports et aux nouvelles générales. À Télé-Québec, il a été scénariste pour la série documentaire Au nom du sport et journaliste à l’émission Le droit de savoir. Il a aussi été chef des nouvelles au Huffington Post Québec.


Martin BisaillonMartin Bisaillon

Martin Bisaillon détient une maîtrise en histoire portant sur la Révolte de Cronstadt. Il a été professeur avant de se tourner vers le journalisme. Après avoir été recherchiste à la SRC, notamment à Zone Libre, il a oeuvré comme pigiste et écrit quatre livres dont les best sellers «Le Perdant» et «L'Infiltrateur». Entré au Journal de Montréal en 2005, il y a fait de la nouvelle générale et des faits divers avant d'obtenir un poste permanent à la section économique où il s’est spécialisé dans les grands dossiers. Il a ensuite participé au site web RueFrontenac.com à titre de journaliste économique et critique de cinéma. Son dernier scoop portait sur le contrat du renouvellement des wagons du métro de Montréal. Après un bref passage en politique, il travaille présentement en production télévision, chez Aetios. Les opinions qu'il émet sur ce blogue n'engagent que lui.


Feifei Chiang

Chinoise, Québécoise, Pékinoise, Montréalaise, Canadienne, étudiante à la maîtrise en communications à l'université Northwestern de Chicago, Feifei Chiang passe son temps à apprendre, à questionner, à contester et à être contestée. Elle se passionne pour l'actualité sous toutes ses formes.



En vidéo