Dis-moi ce que tu as, je te dirai si tu es...
Un billet de Jean-Philippe Cipriani
J’ai dû couvrir le Boxing Day cinq ou six fois comme journaliste. Vous attendez depuis quelle heure madame? Qu’est-ce que vous venez acheter monsieur? À la fois captivé et horrifié par cette faune prête à poireauter cinq heures au froid pour économiser 50 $ sur la dernière bébelle à la mode.
Chaque année, les magasins d’électroniques à grande surface contactent eux-mêmes les salles de nouvelles pour qu’ils viennent couvrir l’événement. Ils savent que l’actualité est souvent pauvre le 26 décembre, et que les images de leur bannière en gros plan valent autant qu’une campagne de pub.
Cette année ne faisait pas exception. Les médias, eux, embarquent dans la danse pour faire de la surconsommation un spectacle. Les médias sont une industrie; ils font partie d’un système.
Il est néanmoins paradoxal de voir une telle ode à la consommation, tandis qu’il y a quelques mois, on se fendait d’une longue série sur « les Québécois dans le rouge » (les mêmes qui sont « otages de la route »). On y dépeint une classe moyenne prise à la gorge, endettée, incapable de payer sa deuxième voiture ou l’entretien de sa piscine hors terre, voire d’acheter une nouvelle console de jeux vidéo à ses enfants.
Et bien sûr, ils jettent la pierre au gouvernement et aux impôts, jamais aux frais exorbitants de leur millionnaire d’entreprise de télécommunications, jamais aux frais bancaires de leur milliardaire d’institution financière, jamais sur leurs choix d’ultra-consommation.
C’est ce qu’on appelle choisir son public. Ces gens n’ont visiblement aucune idée de ce qu’est la pauvreté, mais ils croient en faire partie. Emportés par le stress de ne pas avoir les objets les plus vantés, les plus gros, les plus récents, les commodités de ce qu’une certaine classe aisée considère normal.
Il y a quelques jours, on s’alarmait pourtant (avec raison) que pour chaque dollar qu’ils gagnent, les Canadiens en doivent en moyenne 1,64 $ (contre 1,44 $ pour les Américains, ce qui exclut cependant leurs frais de santé). Le solde grimpe vite à 18 % d’intérêt sur une carte de crédit.
Cessez de vous endetter, disent les économistes... mais consommez pour faire rouler l’économie! Y a-t-il un réflexe critique dans la salle?
Bien sûr, nous vivons dans une société de consommation. J’aime aussi mon téléphone intelligent, ma voiture et je ne verserai jamais dans la simplicité volontaire. Mais il faut être capable de questionner ce que l’on juge comme essentiel.
Peut-être sommes-nous de moins en moins nombreux à croire que plus n’est pas mieux. Et que posséder la dernière bébelle à la mode, alors que la plus vieille bébelle fonctionne bien, c’est jouer le jeu de l’obsolescence planifiée et des montagnes de déchets.
Il reste qu’à force de célébrer les Boxing Day et les Black Friday comme des événements, plutôt que de les questionner comme phénomènes sociaux, les médias se font complices d’une certaine banalisation qui frise l’endoctrinement.
Photo: La Presse Canadienne - Archives


Rédigé par : R.Boaxx | 27 déc 2012 13:06:46
Je suis tout à fait d'accord avec votre description. La seule crainte de notre société demeure c'elle de "L'Investisseur"... Les autres craintes sont pour les "Négatifs"... Voyez où nous en sommes ! Comment expliquer à ceux qui profitent qu'ils ont tort? Surtout lorsqu'ils ont participé aux "Tél-Étron" pour Haïti, Tsunami, Oxfam, Centraide, Guignolé etc... etc... etc... J'en viens même à voir NOTRE existence comme un malheureux paradoxe avec lequel la planète éprouve de plus en plus de diffficulté à "éponger" les traces... Il faut être assez borné pour ne pas le reconnaitre!
Rédigé par : Bernard | 27 déc 2012 12:49:15
Le titre de l'article un peu modifié, pourrait ce lire, Dis moi ce que tu as, et je te dirai qui tu es.
Alors dans cette magnifique société de consommation, il est facile de tomber dans le piège, si t' as
pas tel ou tel nouveauté gadget, tu es rien, (out), tu es dépassé, tu ne vaux rien. Quand les fausses
valeurs deviennent la norme, dans cette société, on va même s'endetté pour être quelqu'un, pour suivre.......... le troupeau. Triste, triste, société d'imbéciles endormis. Bravo a ceux qui refuse le système, bravo à ceux qui sont encore capable de création avec des idées et des valeurs nouvelles.
L'humanité a désespéramment besoin de ceux là, les créateurs d'amour.................
Rédigé par : Felix | 27 déc 2012 12:36:54
tant qu'ils font sa dans la non-violence :(
Rédigé par : diane | 27 déc 2012 11:27:08
il me semble que votre texte est très négatif. Je ne vais pas au boxing day mais c'est correct pour ceux qui veulent le faire meme s'ils doivent attendre quelques heures et épargner 50 $ comme vous
dites mais, le 50 $ c'est de l'argent NET. De plus en plus de parents, donnent de l'argent à leur enfant
et les jeunes ca leur dérange pas d'attendre pour avoir leur article préféré. Alors ils seront peut etre pas plus dans le rouge si l'argent vient de leur choix de cadeau de plus en plus intelligent de l'argent.