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27/12/2012

Dis-moi ce que tu as, je te dirai si tu es...

Un billet de Jean-Philippe Cipriani

Box2J’ai dû couvrir le Boxing Day cinq ou six fois comme journaliste. Vous attendez depuis quelle heure madame? Qu’est-ce que vous venez acheter monsieur? À la fois captivé et horrifié par cette faune prête à poireauter cinq heures au froid pour économiser 50 $ sur la dernière bébelle à la mode.

Chaque année, les magasins d’électroniques à grande surface contactent eux-mêmes les salles de nouvelles pour qu’ils viennent couvrir l’événement. Ils savent que l’actualité est souvent pauvre le 26 décembre, et que les images de leur bannière en gros plan valent autant qu’une campagne de pub.

Cette année ne faisait pas exception. Les médias, eux, embarquent dans la danse pour faire de la surconsommation un spectacle. Les médias sont une industrie; ils font partie d’un système.

Il est néanmoins paradoxal de voir une telle ode à la consommation, tandis qu’il y a quelques mois, on se fendait d’une longue série sur « les Québécois dans le rouge » (les mêmes qui sont « otages de la route »). On y dépeint une classe moyenne prise à la gorge, endettée, incapable de payer sa deuxième voiture ou l’entretien de sa piscine hors terre, voire d’acheter une nouvelle console de jeux vidéo à ses enfants.

Et bien sûr, ils jettent la pierre au gouvernement et aux impôts, jamais aux frais exorbitants de leur millionnaire d’entreprise de télécommunications, jamais aux frais bancaires de leur milliardaire d’institution financière, jamais sur leurs choix d’ultra-consommation. 

C’est ce qu’on appelle choisir son public. Ces gens n’ont visiblement aucune idée de ce qu’est la pauvreté, mais ils croient en faire partie. Emportés par le stress de ne pas avoir les objets les plus vantés, les plus gros, les plus récents, les commodités de ce qu’une certaine classe aisée considère normal.

Il y a quelques jours, on s’alarmait pourtant (avec raison) que pour chaque dollar qu’ils gagnent, les Canadiens en doivent en moyenne 1,64 $ (contre 1,44 $ pour les Américains, ce qui exclut cependant leurs frais de santé). Le solde grimpe vite à 18 % d’intérêt sur une carte de crédit.

Cessez de vous endetter, disent les économistes... mais consommez pour faire rouler l’économie! Y a-t-il un réflexe critique dans la salle?

Bien sûr, nous vivons dans une société de consommation. J’aime aussi mon téléphone intelligent, ma voiture et je ne verserai jamais dans la simplicité volontaire. Mais il faut être capable de questionner ce que l’on juge comme essentiel.

Peut-être sommes-nous de moins en moins nombreux à croire que plus n’est pas mieux. Et que posséder la dernière bébelle à la mode, alors que la plus vieille bébelle fonctionne bien, c’est jouer le jeu de l’obsolescence planifiée et des montagnes de déchets.

Il reste qu’à force de célébrer les Boxing Day et les Black Friday comme des événements, plutôt que de les questionner comme phénomènes sociaux, les médias se font complices d’une certaine banalisation qui frise l’endoctrinement.

Photo: La Presse Canadienne - Archives

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Jean-Philippe CiprianiJean-Philippe Cipriani

Jean-Philippe Cipriani est chroniqueur littéraire à la radio de Radio-Canada. Il a été journaliste à la télévision, à la radio et au web de Radio-Canada pendant plus de 10 ans, affecté notamment à l’économie, aux sports et aux nouvelles générales. À Télé-Québec, il a été scénariste pour la série documentaire Au nom du sport et journaliste à l’émission Le droit de savoir. Il a aussi été chef des nouvelles au Huffington Post Québec.


Martin BisaillonMartin Bisaillon

Martin Bisaillon détient une maîtrise en histoire portant sur la Révolte de Cronstadt. Il a été professeur avant de se tourner vers le journalisme. Après avoir été recherchiste à la SRC, notamment à Zone Libre, il a oeuvré comme pigiste et écrit quatre livres dont les best sellers «Le Perdant» et «L'Infiltrateur». Entré au Journal de Montréal en 2005, il y a fait de la nouvelle générale et des faits divers avant d'obtenir un poste permanent à la section économique où il s’est spécialisé dans les grands dossiers. Il a ensuite participé au site web RueFrontenac.com à titre de journaliste économique et critique de cinéma. Son dernier scoop portait sur le contrat du renouvellement des wagons du métro de Montréal. Après un bref passage en politique, il travaille présentement en production télévision, chez Aetios. Les opinions qu'il émet sur ce blogue n'engagent que lui.


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Chinoise, Québécoise, Pékinoise, Montréalaise, Canadienne, étudiante à la maîtrise en communications à l'université Northwestern de Chicago, Feifei Chiang passe son temps à apprendre, à questionner, à contester et à être contestée. Elle se passionne pour l'actualité sous toutes ses formes.



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