Stephen Harper : leçon de clientélisme politique
David Patry-Cloutier, journaliste à Rue Frontenac
Depuis quelques jours, Gilles Duceppe dénonce les conservateurs en les accusant de tenir un « double discours ».
Cette attaque prend racine dans le fait que les conservateurs utilisent un slogan électoral au Québec (Notre région au pouvoir) différent de celui du Canada anglais et de Montréal (Here for Canada\Ici pour le Canada).
Pourtant, n'importe quel spécialiste de marketing vous dira qu'il s'agit, ici, d'une habile stratégie de communication. Si vous avez deux clientèles différentes, le gros bon sens veut que vous développiez deux discours rejoignant chaque clientèle cible d'une manière spécifique.
Au Canada, les libéraux nous ont habitués aux grandes politiques rassembleuses, qui tentent de satisfaire tout le monde. Mais il faut bien l'avouer, le Canada est formé de provinces foncièrement différentes les unes des autres. À trop vouloir faire plaisir à Jean et à Jacques, cette stratégie risque aussi, à coup de compromis, de rendre les deux insatisfaits.
Le Bloc n'a pas ce problème. Comme parti régional, il a développé un message qui plaît aux Québécois. Si Gilles Duceppe voulait conquérir l'électorat canadien, il devrait développer un autre discours.
De leur côté, les conservateurs ont cassé le moule. Ils pratiquent une forme avancée de clientélisme politique et ne font que peu de compromis.
Au Canada, on dit souvent qu'un parti peut obtenir une majorité s'il obtient environ 40 % des voix. C'est exactement ce que visent les conservateurs en flattant dans le sens du poil une partie très ciblée de l'électorat. Ils ne cherchent pas à plaire à tous puisqu'ils ont besoin de l'appui de seulement deux personnes sur cinq pour prendre le pouvoir. Que le reste des électeurs leur en veuillent à mort, ils n'en ont rien à cirer.
Je l'ai déjà écrit ici : le discours « anti-coalition » fonctionne au Canada anglais. Stephen Harper le martèle jusqu'à l'overdose. Le discours « pro-régions » sourit à l'électorat régional québécois. Les conservateurs l'utilisent jusqu'à plus soif.
Qu'on soit d'accord ou non avec cette manière différente (et aussi plus cynique) d'aborder la politique, il reste que ça fonctionne. D'après les sondages, les conservateurs sont à deux doigts d'obtenir la majorité qu'ils recherchent tant. Le 2 mai, si Stephen Harper réussit son pari, ce sera peut-être aux autres partis de revoir leur stratégie de communication...