Opinions, réactions et débats sur le blogue de MSN.ca

25/01/2012

L'agonie du PQ

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogPauvre Parti Québécois. Comme le dirait si bien Hélène Carrère d'Encausse, ça va mal à «shop»!
Voici qu'après huit mois d'atermoiements, Pauline Marois a enfin rugi pour faire taire la dissidence et écraser Gilles Duceppe pour la seconde fois en cinq ans.
Disons qu'elle a stoppé momentanément la chute, mais je me demande franchement si le PQ n'est pas en train de couler comme le Costa Concordia.

Otage
Le premier problème du PQ est l'électorat, qui montre depuis 2007 des signes évidents d'écoeurantite aiguë.
Bien sûr, il ne s'agit pas de l'ensemble de l'électorat, mais du «centre» -- c'est-à-dire des 15-20 % de l'électorat susceptible de changer d'idée et dont le vote est chaudement disputé par tous les partis politiques.
Après 45 ans de psychodrame sur fond d'indépendance nationale - dont un épisode de guérilla urbaine et deux référendums perdus -, «le centre» commence à se demander si on ne peut pas passer à autre chose pour dix ans.
Genre : un bon vieux clivage gauche-droite pour changer.

Clairement, la raison d'être du PQ - l'indépendance - n'occupe plus le centre du discours politique au Québec. Il lui reste ses partisans, qui se demandent ce qui se passe et s'entredéchirent pour savoir qui a raison.
Ça me fait penser au bateau de croisière italien : sont-ils en train de se positionner pour quitter le navire sans en avoir l'air? Ou chacun cherche-t-il à devenir capitaine à la place du capitaine? Lire la suite...

10/01/2012

Un fou de moins à la rue

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

SansabriblogLa mort sordide de Farshad Mohammadi m'a rappelé cet épisode douloureux où mon beau-frère a failli finir sans-abri.

Farshad Mohammadi était un autre de ces fous mésadaptés que l'on appelle «sans-abri». Dans son délire, il est devenu dangereux, et il est tombé sous les balles des policiers dans le métro.
Sa mort a ramené la polémique sur la carence de soins psychiatriques cohérents, mais la meilleure organisation ne pourra rien pour des personnes atteintes d'un mal qui les prive justement de toute cohérence, et qui refusent tout soin psychiatrique.

Toutes les personnes atteintes de maladie mentale ne sont pas folles en permanence, mais certaines n'en reviennent jamais. Rares sont les fous assez dangereux pour attaquer des policiers avec un X-Acto, mais les fous sont tous dangereux pour eux-mêmes. Lire la suite...

27/12/2011

Noël vert

La chronique de jean-Benoît Nadeau

NoelVert-photoblogIl faut que je vous raconte mon étrange Noël 2006. L’étrange n’est pas qu’il fut vert. Mais ce fut le Noël où nous avons commencé notre aventure d’adoption, et je dois dire que sa verdeur nous a plutôt servi.

La semaine dernière, j’ai raconté comment notre temps des fêtes avait débuté avec l’arrivée des filles le 19 décembre. Il reste à vous dire le reste, c’est-à-dire la vie.

Être adopté

L’aspect le plus critique de l’adoption, c’est finalement de comprendre que ce n’est pas un sens unique : nous les adoptons, mais elles nous adoptent aussi.

Certains enfants, blessés par la vie, sont incapables d’adopter leurs parents. Tous les parents adoptants doivent être prêts à cette éventualité, dont nous avons été heureusement épargnés. 

A priori, les enfants adoptés ne font pas confiance aux adultes. Ils savent d’expérience que s’ils  sont dans le pétrin, c’est justement parce que les adultes ont failli gravement plusieurs fois.

Alors, leur attitude est de dire : «Je me suis fait avoir une fois, vous ne m’aurez pas.» Lire la suite...

06/12/2011

Les brutes et la honte

La chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogChaque fois que la brutalité scolaire provoque la mort d’un enfant – la semaine dernière, le suicide de Marjorie Raymond –, je suis étonné. Pas surpris : étonné. Étonné de vous entendre vous demander ce qui se passe.

Êtes-vous sérieux? Avez-vous si mauvaise mémoire?

Parfois, je me dis que vos bons sentiments vous aveuglent. Parfois, je me demande si l’inconscient vous empêche de contempler votre propre passé. Certains jours, je me demande si c’est de bonne foi…

Souvenir douloureux

D’une certaine façon, je vous comprends. Pour un adulte, la brutalité figure parmi ses souvenirs les plus douloureux.

Je ne parle pas de la douleur des coups reçus – mais de la douleur des coups donnés, voire des coups applaudis. Il y a aussi la douleur des haussements d’épaules.

Bref, ce qui vous fait mal, c’est la honte, alors vous refoulez, et vous vous défendez n’importe comment, en vous demandant c’est quoi le problème.

Pourtant, vous savez très bien ce que c’est : nous avons tous été des petites brutes, cruelles, menteuses, vaniteuses et sans pitié, comme seuls les enfants savent l’être. 

Quand il s’agit de brutaliser, le genre humain est très inventif : outre la violence physique, il y a les menaces, l’intimidation, le harcèlement, l’ostracisme, et d’autres variations sur le thème.

La brutalité est même rarement physique – du moins au début. Elle peut être verbale ou émotive. Prenez l’ostracisme, qui consiste à isoler quelqu’un parce qu’il est «fif», «nègre», ou «du Plateau Mont-Royal ». Parfois même pour rien : quand j’étais jeune, je me rappelle que notre classe ostracisait une fille parce qu’elle «avait la peste».

Ça se présentait comme un jeu – on fait juste jouer, madame! –, mais c’était terrible. Lire la suite...

29/11/2011

La prime au français

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

Jbn-blogEt si la pire menace au français, ce n’était pas l’anglais, mais nous-mêmes?

C’est en tout cas la réflexion que je me fais depuis que déboulent les nouvelles sur les cadres anglophones de la Caisse de dépôt, de la Banque Nationale ou encore la propension des étudiants français à profiter des accords France-Québec pour venir apprendre… l’anglais au Québec!

J’ai l’impression que tout le discours sur la défense du français mérite une sérieuse rénovation.

 Des loups dans la bergerie

Comme je ne regarde pas la télé, j’ai appris entre les branches que Guy A. Lepage se demandait s’il ne mettrait pas son argent ailleurs qu’à la Banque Nationale.

Je l’encourage à le faire, mais je l’encourage aussi à examiner les pratiques d’autres multinationales québécoises – genre Desjardins, Bombardier, SNC-Lavalin, Couche-Tard. Ont-elles une politique en matière de langue au siège social et dans leurs filiales? Comment l’appliquent-elles? À mon avis, on aurait des surprises.

Pourtant, il est possible d’agir. Une multinationale comme le Cirque du Soleil a une politique très stricte de communication en français au siège social. Je vous cite également le cas de l’hôtel Château Laurier, à Québec, qui est allé jusqu’à se créer un label «Francoresponsable», pour faire en sorte que son offre mette de l’avant la langue française auprès de sa clientèle.

La Banque Nationale se justifie d’avoir embauché un vice-président unilingue anglophone en arguant qu’IBM a pour politique de ne traiter qu’en anglais. Grand bien leur fasse : mais rien n’interdit à la Banque Nationale de regarder ailleurs et d’avoir sa propre politique.

Il faut dire que le gouvernement du Québec ne donne pas le meilleur exemple. Vous rappelez-vous l’histoire de ces dépliants touristiques québécois destinés au marché ontarien et qui étaient uniquement en anglais? Et cette histoire de cadres unilingues anglophones à la Caisse de dépôt et placement du Québec n’est guère inspirante.

Une entreprise québécoise doit pouvoir communiquer à la clientèle dans sa langue – en anglais, en espagnol, en portugais, en créole. Après tout, la langue des affaires, c’est la langue du client. Mais cela ne signifie pas qu’il faille se renier et cacher le français. Lire la suite...

22/11/2011

Le Québec analphabète

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogSi vous tirez un boulet de canon rue Mont-Royal, vous avez une chance sur deux de frapper un analphabète québécois.

Je me suis beaucoup réjoui de voir la couverture de la revue Voir qui annonçait en gros caractères: 49 % des Québécois ne pourront pas lire ce journal.

Depuis cinq ans que j’écris tout seul là-dessus, j’ai l’impression d’être moins seul.

Surtout que Marie-France Bazzo a pris fait et cause pour ce problème qui est, selon moi, le plus fondamental parmi les enjeux québécois.

Des statistiques effarantes

Soyons clairs sur un point : rares sont ceux qui sont totalement incapables de lire.

Les 49 % d’analphabètes québécois appartiennent à deux groupes. Il y a d’abord 16 % d’analphabètes dits de niveau 1. Cela signifie qu’ils sont incapables de reconnaître un mot de la question dans le texte à lire. L’ancienne version de Jacques Demers, quoi.

Il y a aussi 33 % d’analphabètes de niveau 2. Ceux-là ne se rappellent plus ce qu’ils lisent après quelques lignes. La plupart des analphabètes de niveau 2 sont capables de lire dans les limites de leur tâche, au travail. Mais pas plus.

(Le site web de la Fondation pour l’alphabétisation contient toutes les définitions et toutes les statistiques).

Mettons que vous tirez au hasard un boulet de canon rue Mont-Royal : vous avez une chance sur deux de frapper un analphabète québécois. La probabilité sera la même rue Wellington à Sherbrooke ou rue Saint-Jean à Québec.

LIRE LA SUITE >>>>>

16/11/2011

Back to the future

Une chronique d'Émilie Dubreuil

Little-C’était il y a longtemps, longtemps ma p’tite.

Même si je suis une très grande fille, grand-maman Gertrude aime bien me rappeler que pour elle, je suis toute petite et, surtout, elle aime bien ressasser des souvenirs du passé. Une de ses anecdotes préférées, c’est la fois où elle avait exigé d’être servie en français chez Ogilvy. Un évènement marquant dans la vie d’une frog….

-Ça doit bien faire 35 ans. Une fois toutes les deux semaines, ma sœur Claire et moi, on allait au centre-ville. Chez Morgan et chez Eaton.  Quand j’avais le temps, nous poussions dans l’ouest jusque chez Oglivy.  Une fois, j’étais dans le département des chemisiers, tu sais comme j’aime les beaux chemisiers et  je demande de l’aide à la jeune femme du magasin en français. J’aborde toujours les gens en français. Quand je vois qu’ils sont de bonne foi, mais qu’ils peinent à me répondre, je passe à l’anglais. Cette fois-là, la dame n’était pas de bonne foi et elle a refusé de me servir en français. J’ai fait venir la gérante et je lui ai dit que je ne remettrai jamais les pieds dans ce commerce. Cela n’a pas dû avoir une grosse influence sur leur chiffre d’affaires, mais j’ai l’impression que je n’ai pas été la seule, car quelques années après tout le personnel parlait français.

Grand-maman Gertrude est une femme délicate et diplomate qui déteste les esclandres. Il fallait donc qu’elle soit portée par un mouvement social pour qu’elle s’indigne, se révolte, exige le respect. R.E.S.P.E.C.T. Lire la suite...

09/11/2011

Les tarés de l'unilinguisme

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogBien plus que la frivolité de Harper à nommer un vérificateur général qui ne parle pas français, c’est la réponse contrite du nouveau vérificateur, Michael Ferguson, qui me fâche.

En apparence, Ferguson a fait ce qu'il devait faire : il a lu une note dans un français potable nous disant qu'il réglerait le problème en trois mois.
Un peu court, tout de même. D'abord, parce qu'une langue, ça ne s'apprend pas en trois mois. Surtout quand on est un monsieur d'un certain âge qui a fait carrière dans la fonction publique du Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue! Même l'argument du provincialisme ne tient pas!

Ce qui me fâche, c'est qu'on en profite pour refaire le procès du bilinguisme, alors qu'on devrait faire le procès de l'unilinguisme et de l'ignorance.
Alors, je me jette à l'eau: dans un pays comme le nôtre, dans un univers mondialisé comme le nôtre, l'unilinguisme est une forme d'analphabétisme. C'est une tare indéfendable. Lire la suite

16/10/2011

Cher Don...

Une chronique d'Émilie Dubreuil

5D4439F5B8E55F8657947FA42B6BC4Cher Don, puis-je te traiter de vieux clown? Avec toute mon affection, bien sûr…

Ça fait trois ans que je porte maintenant ma cicatrice en étoile (oui, oui, comme Harry Potter!) sur le front, stigmate d'une commotion cérébrale, souvenir d'un brassage sérieux de mon lobe frontal, de quelques mois passés dans les couloirs d'un institut de réadaptation aux couleurs fades, au personnel avenant dont je ne me souviens plus vraiment puisque j'étais dans les vapeurs sérieusement.

Don, Don, Don... J'ai repris mes esprits et je t'écoute parfois, mais j'entends parler de toi bien plus souvent et je t'envie. Ce que tu peux être brillant! En fait, tu es mon idole, vraiment... Tu coûtes trois quarts de millions à la CBC: 750 mille beaux dollars pour provoquer un peu la galerie. Wow. Ton agent doit être un génie. Tu tiens depuis des années des propos abominables sur les Québécois et les Européens. Mais tu dis sans doute tout haut ce qu'une bonne partie du Canada pense à la brasserie du coin. Ce ne doit pas être trop grave. Tu t'es construit un personnage d'homme grossier, un peu sénile avant d'être vieux. Un problème, sans doute, dans la vie. Mais, je n'y crois pas à ce personnage. Il faut être un homme d'affaires rusé pour vendre, mettre en marché et «scorer» avec une vingtaine de DVD intitulés Rock'em Sock'em montrant les pires bagarres du hockey de la Ligue nationale. Lire la suite...

12/10/2011

L'anglais intensif, enfin...

Une chronique de Jean-Benoît Nadeau

BlogL’anglais à l’école, c’est bien. Toutes les langues, c’est mieux.

Dix petites minutes : c’est tout le temps que nous avions pour débattre – à six – de la place de l’anglais dans nos écoles, entre autres avec Gérald Larose et la ministre de la Culture Christine Saint-Pierre.

Cela se passait à Bazzo.Tv hier – pour rediffusion demain soir.

J’en suis ressorti tout chose. Oh! Ne vous en faites pas : j’ai réussi à me prononcer sur deux ou trois points. Mais je vous en parle parce qu’il y a tant à dire sur le sujet – et tant de choses qu’on aimerait ne plus entendre… Lire la suite

publicité

Notre Équipe

Émilie DubreuilÉmilie Dubreuil

Née à Ste Pétronille en 1975 de parents baby-boomers faisant un retour à la terre, Émilie Dubreuil détient une maîtrise en littérature tchèque qui ne lui sert rigoureusement à rien. Après avoir enseigné le français aux immigrants et aux juifs orthodoxes, Émilie remporte le prix Lisette Gervais et obtient un stage en 2002 à la radio de Radio-Canada où elle travaillera pendant 5 ans notamment à Macadam Tribus et à Fréquence Libre où elle se spécialise dans les phénomènes de société. Durant cette période, elle sera deux fois lauréate du premier prix de journalisme en loisirs. En quête d'un peu de sérieux, la jeune journaliste passe à l'ouest en 2007 et se joint à l'équipe de l'information de la télévision de Radio-Canada. Émilie Dubreuil collabore aussi depuis de nombreuses années aux magazines Châtelaine et Urbania. Depuis septembre 2009, elle signe une chronique hebdomadaire sur le site MSN.ca.


Jean-Benoît NadeauJean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau a publié cinq livres, 700 articles, et remporté 50 prix de journalisme. Il figure parmi les rares journalistes canadiens à publier en français (L’actualité, Québec Science, MSN,ca ou GEO) et en anglais (New York Times, Toronto Star, Christian Science Monitor). Ses livres sont également parus en anglais, en néerlandais, en mandarin, en japonais et en thaï. En plus d’une cinquantaine de séminaires sur le journalisme et l’écriture, il a prononcé 75 conférences sur la langue française et les Français aux États-Unis, au Canada, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Corée du Sud et au Japon. Basé à Montréal et père de deux jumelles adoptives, il a également vécu à Paris, Toronto et Phoenix.


David PatryDavid Patry

Une campagne électorale? Pas de problème! Fraîchement sorti de deux ans de lock-out au Journal de Montréal, David Patry-Cloutier est on ne peut plus prêt à l’attaque. Passionné de politique, ce diplômé en journalisme de l’UQAM est reporter à Rue Frontenac depuis la création de ce média indépendant au début 2009. Il poursuit par ailleurs une maîtrise en sciences politiques en études électorales, voyant dans la campagne qui s’amorce une occasion inégalée d’approfondir sa réflexion et de partager ses impressions avec les lecteurs de MSN.ca. Collaborateur occasionnel à Dumont 360, sur V, il a fait ses premières armes dans le métier en couvrant les politiques culturelles pour Le Journal de Montréal.